
Projection rencontre
Qui donc était cet «Arabe» dans l’Étranger, assassiné par un Français et dont l’histoire a oublié le nom? Il s’appelait Moussa, et c’est son histoire et celle de son pays que raconte son frère Haroun à un journaliste, au cœur de la décennie noire. Cette adaptation de Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud offre une nouvelle perspective sur une histoire bien connue et déplace intelligemment le regard, adoptant la perspective des Algérien·nes. À travers cette trame narrative, Malek Bensmail livre un film ambitieux sur des décennies de luttes algériennes.
Suivi d’une rencontre avec le réalisateur, Malek Bensmail, animée par Boualem Khelifati, spécialiste du cinéma algérien, Doctorant en études cinématographiques et enseignant à l'Université Paris 8 Vincennes - St-Denis
Pot de l’amitié aux saveurs de l’Algérie
LE MOT DU RÉALISATEUR
"Par son œuvre, Albert Camus a interrogé son siècle dans la douleur, l’intelligence, le génie et le courage. L’édition française présente Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud comme un « hommage en forme de contrepoint rendu à L’Étranger d’Albert Camus [qui] joue vertigineusement des doubles et des fauxsemblants pour évoquer la question de l’identité ». En appliquant cette réflexion à l’Algérie contemporaine, j’y ai retrouvé forcément la complexité de mon pays auquel j’entends, humblement, rendre sa véritable identité, son histoire, son passé. Alors, je ne cesse de penser à Meursault, contre-enquête en film. Et quand je dis Meursault, ce n’est pas au livre de Camus ou de Daoud que je fais référence mais à l’Arabe resté sans nom. Ce faisant, ce n’est pas simplement son identité que je souhaite restituer, mais l’identité toute entière d’un peuple colonisé à ce jour. Camus, en écrivant L’Étranger, avait-il mesuré son acte, quasi politique, de laisser cet Arabe, assassiné par son personnage principal, sans nom ? « Les Arabes dans La Peste et L’Étranger », disait Edward Said dans un des essais fondateurs de la théorie postcoloniale, « sont des êtres sans nom qui servent d’arrière fond à la grandiose métaphysique européenne qu’explore Camus. » Ici, l’Arabe porte désormais un nom : Moussa, qui fait écho à Meursault." - Malek Bensmail
