
Projection rencontre
Un jour, Meriem a fait son coming out auprès de sa famille marocaine. Neuf ans plus tard, le sujet entre elles est devenu un tabou. Alors, la cinéaste se lance dans un projet: elle va réaliser un film et tenter ainsi de libérer la parole. Un film volontairement inclassable, où on suit un avatar – une coyotte noire aux yeux expressifs – façon pour les réalisatrices d’exprimer la non-fluidité de ce récit, comme autant d’incidents dans la construction d’une identité, dans la communication avec ses proches. Une autofiction hybride donc, entre tradition et modernité!
Imaginé par Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, en collaboration avec Asma Barchiche, Les Chichas de la pensée est un programme culturel collectif qui célèbre une nouvelle génération d’artistes et d’idées, alliant le plaisir d’une fête retrouvée à l’urgence de la réflexion.
Suivi d’un échange avec le Collectif Les Chichas de la Pensée, animé par Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, fondateurs du collectif
LE MOT DES CINÉASTES
«Meriem : Au-delà des sensibilités évidentes, je dirais que le plus difficile a été de parvenir à « travailler ». Souvent, je n’arrivais pas à déterminer si certaines scènes étaient intéressantes ou au contraire très banales, faute de recul. C’est dans ces moments-là que je laissais Orian prendre les rênes et que je faisais confiance à son instinct narratif.
Orian : Il était important de trouver l’équilibre entre l’envie de faire avancer l’histoire et le respect des limites fixées par Meriem. Même si je connais Meriem intimement depuis des années et que je suis familière de sa relation avec sa mère, je suis étrangère à la culture et à la langue de l’endroit où se déroule l’histoire. Je voulais être consciente de ça et m’informer autant que possible avant de proposer mes idées sur l’histoire. Pour Meriem, le plus important était d’éviter de créer des personnages manichéens, « bons » ou « mauvais », pour éviter de répondre aux attentes d’un public occidental qui regarderait le film en pensant : « Oh, c’est tellement dur d’être queer au Maroc ». Mais j’avais aussi parfois l’impression qu’elle protégeait trop ses personnages, qu’elle évitait les conflits. C’était dans ces moments-là que je me demandais jusqu’où je pouvais aller. Finalement, faire avancer l’histoire a été une manière de créer et de réfléchir à partir de cette notion de conflit. Comment raconter une histoire captivante qui porte une tension sans trop s’appuyer sur un affrontement et sa résolution ? Comment dépeindre l’amour, la tendresse et l’attention dans ces relations mais aussi la distance et le silence qu’elles contiennent ? »
