
Ciné thé
Dans le cadre du retour de Cannes du GNCR, en partenariat avec le GNCR
Est-ce la dernière page du journal qu’Alain Cavalier, insatiable filmeur, partage avec nous depuis des années ? On n’a évidemment aucune envie de le croire, mais l’émotion ne peut manquer de nous étreindre devant ce qu’il annonce comme son ultime réalisation: pas d’égocentrisme, jamais, dans la manière dont Cavalier se filme, filme le monde et ceux et celles qu’il aime. Avec lui, la moindre bribe de réel devient un fragment de rêve, à la fois diaphane et infini. La douceur est omniprésente, l’imagination enchante le regard et fait de chaque plan un instant d’éternité, contenant tous les possibles.
Suivi d'un échange
UN MOT SUR LE FILM
“Et le journal-filmé de Cavalier, le rire rusé dont il joue, sa géniale ingénuité enfantine, dessine la trame d’une véritable résistance ; au désespoir du temps qui passe, de la mort, la sienne, et celle de ses êtres chers ; résistance encore, toute entière éthique, et donc politique, simple et idiote comme une sagesse ou un art de vivre : regardez-mieux, rencontrez-mieux, soyez corps conducteurs des énergies qui traversent les corps, les choses, font les instants, leur rare et singulière beauté, leur puissance. Des gestes et mots chez l’artisan tanneur qui tient boutique près de chez lui, on y capte encore le banal, ce qu’il s’y passe, les corps et destins qui se croisent et que Cavalier et sa caméra cueillent simplement en leur pleine efflorescence comme le petit évènement d’un client qui passe et bouleverse discrètement l’atmosphère ; d’un trajet en train dont il fait la légende anodine, toute bête, l’aller et son retour, etc. un surcadre de Françoise, qu’il filme depuis sa place, elle en bas de l’escalier, dans l’angle de la porte, cadre – surcadre et hasard de l’entrée dans le plan d’une inconnue dont le corps défile sur le visage de Françoise, micro-évènement, parmi les mille autres beautés hasardeuses qui trament les vies, brillent, clignotent, et que les gens sérieux ignorent ou raillent.” Bastien Babi, Tsounami
