
Ciné thé
Deux adolescent·es sont abandonnés en plein désert. Survivant tant bien que mal, il et elle rencontrent un Aborigène en walkabout, une errance initiatique rituelle. Roeg utilise le spectre du montage pour créer une narration fractionnée et proposer une réflexion sur la nature et l’homme. Une amitié se lie au-delà du langage, une parenthèse enchantée qui marquera à jamais les personnages.
Suivi d'une rencontre avec Vanessa Castejon, enseignante-chercheuse à Sorbonne Paris Nord, spécialiste de la résistance autochtone
UN MOT SUR LE FILM
"En filigrane, perce toujours chez Roeg l’idée de « sauvagerie civilisée » et de mirage social. Le petit garçon de Walkabout fait d’ailleurs preuve d’une incroyable lucidité lorsqu’il déclare candidement : « Le problème avec ces séries c’est qu’on sait toujours que le super héros va gagner ». Car toute la faillite de l’occident repose sur son arrogance et son autosatisfaction, la certitude de sa victoire, de l’assise de son bon droit, en restant ainsi aveugle à sa propre déchéance. Walkabout s’ouvre sur une vision antonionienne de la ville avec ses formes géométriques coupantes, son cadre asphyxiant, entre la circulation de voitures et l’emprise d’un quotidien médiocre. La nature y subsiste mais domestiquée, avec ses arbres étiquetés, tel un monde dépossédé de ses racines, à l’image de ce mur qui découvre à son extrémité lors d’un travelling latéral l’existence d’un désert immense, rupture visuelle extrêmement forte venant souligner un cinéma fondé sur l’antinomie. Ce malaise de l’occident, ce point de non retour d’un mode de vie, d’un mécanisme, Roeg le fixe une bonne fois pour toute dans l’absurde, lors d’une scène traumatique presque fantastique qui tient lieu de transition à la manière d’un ressort de tragédie grecque dans laquelle le père emmène ses enfants se promener pour se suicider devant eux après leur avoir tiré dessus. L’adulte et l’homme des villes anéantis, le récit initiatique peut commencer vers un fantasme de renaissance et de nouveau monde." Olivier ROSSIGNOT, Culturopoing
