Festival L'Iran, par-delà les frontières : Belgrade Paris Téhéran, un entretien avec Abbas Kiarostami

Événement

Projection rencontre

Samedi 30 mai à 18h
Leçon de vie et de cinéma avec Abbas Kiarostami

En 1991, Dejan Bogdanovic réalise une interview avec le Maître du cinéma iranien à Paris. Cette rencontre n’a jamais été diffusée. 33 ans plus tard, 8 ans après la mort de Kiarostami, l’enregistrement est retrouvé à la Bibliothèque Nationale de France.

Suivi d’une rencontre avec le coréalisateur, Kaveh Hedayatifar

UN MOT SUR LE CINÉMA DE KIAROSTAMI

"Qu’est-ce qu’un grand cinéaste ? C’est quelqu’un qui trouve un nouvel équilibre unique, le sien, inexploré avant lui, entre les différentes postulations fondamentales du cinéma.

Quand les films de Kiarostami ont commencé à être visibles en France – au moment de Où est la maison de mon ami ?, vers 1987 – le talent du nouveau venu iranien a été repéré comme une résurgence du vieux cinéma moderne en voie de disparition en Occident. Comme une repousse inattendue dans un pays inattendu, l’Iran, d’un cinéma de la révélation des choses, de l’épiphanie du réel, un « cinéma bazinien » pour le dire vite. On a voulu croire qu’un héritier de Rossellini venait de naître à Téhéran, et on s’en est félicité sans voir plus loin que le bout de notre nostalgie. C’est Close Up qui a permis de prendre la mesure de la véritable complexité et richesse du cinéaste. Ce film tourné dans l’urgence se présentait comme un documentaire, quasiment un reportage au jour le jour, mais était aussi une vertigineuse construction mentale, plus proche de F for Fake [Vérités et mensonges] (1971) d’Orson Welles que de Rossellini. Ce fut un dessillement : un cinéaste dont on avait voulu croire, jusque-là, qu’il avait sagement choisi, esthétiquement et moralement, son camp, celui de l’ontologie, de la vérité qui naît de la saisie de la réalité, se révélait tout à coup un cinéaste du grand écart entre les deux postulations réputées les plus contradictoires du geste cinématographique : capter la réalité du monde, le laisser révéler son sens, ou au contraire penser le monde comme une construction abstraite, labyrinthique, vertigineuse, à double fond, en faisant vaciller l’idée même de « réalité de la réalité ». Cette posture unique, qu’aucun cinéaste avant lui n’avait tenue avec autant de conviction et de rigueur, a fait de Kiarostami, en moins de vingt ans, l’un des plus singuliers et des plus grands cinéastes contemporains. Il y a incontestablement une formule Kiarostami, un alliage encore inconnu entre documentaire et fiction, transparence et dispositif, saisie brute du réel et cinéma mental, réalité et abstraction, réalisme et fantastique, physique et métaphysique, tradition et avant-garde, Orient et Occident. Le cinéma-Kiarostami est à lui seul un continent nouveau sur la carte du cinéma. L’exploration en est périlleuse, pleine de trompe-l’œil et de chausse-trappes. C’est l’apparente simplicité même de ce cinéma qui en fait la vraie complexité et la vraie richesse." - Alain Bergalain Abbas Kiarostami (Paris : Cahiers du Cinéma, 2004), cité in Sabzian, 6 novembre 2024

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