
Projection rencontre
Kellou n’est pas une jeune fille comme les autres. Dans le village du Tchad où elle vit, elle est souvent pointée du doigt : n’a-t-elle pas tué sa mère à sa naissance ? Habitée par des visions effrayantes, Kellou cherche alors du réconfort auprès d’une autre femme, elle aussi ostracisée. La puissance du film tient dans son apparente simplicité : même les scènes de visions refusent le spectaculaire. Mais quelle beauté dans ce récit qui oscille entre le quotidien et le fantastique, et qui unit le mythe d’Antigone et le western, à travers des paysages désolés. Quand sorcellerie et conte se mêlent, c’est aussi pour mieux raconter une certaine condition féminine et l’émancipation de la jeune Kellou.
Suivi d’une rencontre avec le réalisateur, Mahamat-Saleh Haroun
LE MOT DU RÉALISATEUR
"J’ai déjà fait une petite intrusion dans le fantastique, dans Une saison en France. […] Le fantastique permet de raconter notre monde en s’affranchissant du seul autre point de vue réaliste. Pour cela, il me fallait retrouver les légendes et les récits de mon enfance. Des récits fondateurs aux dimensions parfois philosophiques, et qui questionnent notre vie sur terre. De là m’est venue l’idée de partir dans cette région où légendes et croyances populaires s’imbriquent naturellement. Pour moi, les paysages sont toujours pourvoyeurs d’histoires. Dans l'Ennedi, on m'a raconté beaucoup de légendes, par exemple sur des créatures qui vivraient dans les cavités creusées dans la roche. […] Tout ce qui est dans le film n’existe pas forcément : à partir décès légendes, j’ai voulu créer une sorte de mythologie. Et qu’on arrête de me demander si ça se passe vraiment comme ça « en Afrique », comme si, en tant que cinéaste africain j’étais assigné au documentaire. » - Mahamat-Saleh Haroun
