
Projection rencontre
Qui est donc Betty, cette femme incroyablement belle, mais incroyablement seule ? Qui attend-elle, ou qu’attend-elle dans les hôtels où elle séjourne, dans les restaurants et les bars où elle boit ?
Claude Chabrol était un fervent admirateur de Georges Simenon, qu’il a adapté à plusieurs reprises. Tous deux ont en effet en partage le sens de l’atmosphère, qu’on retrouve ici dans ces lieux de province sans âge, comme perdus dans le brouillard ou la fumée des cigarettes. Pas de psychologie à la petite semaine, de longues explications sur les motivations des personnages, mais le trouble que laissent ces êtres qui passent. Betty est l’une des plus émouvantes et obscures créations de Chabrol, une femme qui ne ressemble à aucune autre : enfoncée dans les ténèbres, certes, mais honnête dans sa perdition, plus digne sans doute que bien des êtres qui croisent sa route. Avec, comme souvent en toile de fond chez Chabrol, la description d’un milieu bourgeois malade de ses privilèges.
Suivi d’un échange avec Cécile Maistre-Chabrol, assistante réalisatrice de Claude Chabrol et autrice du livre Torremolinos
Vente de livres et dédicace
UN MOT SUR LE FILM
"C'est d’abord un grand film feutré sur les vapeurs de l’alcool. Tout semble vu à travers un regard embrumé, un filtre d’ivresse enveloppante, parfois cafardeuse. Claude Chabrol, qui adapte ici Simenon pour la deuxième fois, ausculte le tréfonds d’une âme malade, d’une femme en perdition : Betty, la trentaine, qu’on voit errer de bar en bar, hagarde. Mère indigne et victime, garce scandaleuse et princesse déchue, Betty (Marie Trintignant, dans son plus beau rôle) intrigue et séduit en rendant trouble la perception des choses de la vie.
Pour retracer son parcours erratique, Chabrol construit un récit noir en forme de puzzle, pièces éparpillées d’une existence gâchée, hors la loi. Centrée sur une scène primitive, cette lente remontée vers la surface suscite des effets de miroir trompeurs et préserve des zones d’ombre. Le portrait se veut translucide, gravé à l’eau-forte. Et puis il y a Laure (Stéphane Audran, excellente), confidente ambiguë, à l’écoute du malheur de Betty parce qu’il ressemble au sien. Parce que, aussi, chez Chabrol, on se repaît toujours du malheur des gens qu’on aime." - Télérama
