
Projection rencontre
Film en remplacement de Quand nous étions sorcières, en raison d’une indisponibilité de la copie.
Golfe du Djibouti. La guerre est loin… Pourtant, au bord de la mer de sel, une troupe de légionnaires s’entraînent à faire du « beau travail ».
Chaud, salé, humide… Claire Denis adapte le roman de Herman Melville, "Billy Budd, marin", troublant récit du désir d’un capitaine pour un jeune et beau marin. C’est bien ce mélange de sensualité impossible et de cruauté qu’explore la cinéaste. Claire Denis signe en effet une œuvre sensorielle et envoûtante. Ici, la caméra glisse pour filmer les corps masculins comme, encore aujourd’hui, rarement ceux-ci ont été montrés à l’écran, qu’il s’agisse de celui des soldats à l’entraînement, ou bien encore de celui de Denis Lavant, dans une scène de danse mythique au son de Boogie Nights.
Séance suivie d'une rencontre avec Claudine Le Pallec Marand, conférencière en histoire et esthétique du cinéma
UN MOT SUR LE FILM
"Ensorcelée par les poèmes marins d'Herman Melville, Claire Denis rêvait depuis toujours de les transposer à l'écran. Mais un tournage en mer aurait coûté trop cher. La magie du film vient de cette contrainte que la cinéaste a transformée en atout fascinant. Rêverie libre et intense, Beau Travail capte les sensations contradictoires d'êtres humains qui n'ont trouvé qu'un moyen de calmer leur cerveau effaré : fatiguer leur corps. Quand ils ne rampent pas sur le sable crevassé, ils s'adonnent à des tâches dites féminines. Sortis de ce cadre codé, les hommes paraissent perdus.
Les trois acteurs principaux véhiculent un passé de cinéma fort qui éclate à l'écran, surtout Subor, qui s'appelait déjà Bruno Forestier dans Le Petit Soldat, de Godard. Quarante ans plus tard, ce personnage de déserteur torturé par le FLN se regarde dans le miroir de son lavabo, à Djibouti. Il y voit un commandant de la Légion rongé par d'indicibles souvenirs, qui n'a qu'un recours pour ne pas mourir : hanter l'âme des jeunes recrues. Un film palpitant, entre la vie et la mort." - Jacques Morice, Télérama
