
Projection rencontre
Un taureau, un matador célèbre. Un public hors-champ. Avec Tardes de Soledad, Albert Serra signe un film polémique d’une remarquable maîtrise formelle. Par un dispositif radical, il isole le duel profondément asymétrique entre l’homme et l’animal, révélant sa dimension quasi mystique. Le film s’enfonce dans la solitude et la folie virile d’Andrés Roca Rey, tout en soulevant – peut-être malgré lui – des questions essentielles sur la violence, le regard et les limites de ce qui peut être montré.
Suivi d’une rencontre avec Ariel Schweitzer, critique de cinéma
LE MOT DU RÉALISATEUR
« D’un côté, nous devions trouver des emplacements originaux pour poser nos caméras, puisque dans la plupart des cas, il y avait une retransmission live : les caméras télé étaient donc placées, sinon aux meilleurs endroits, aux plus logiques. Il nous a donc fallu réfléchir : c’est la loi de l’underground et du cinéma d’auteur, cette nécessité d’inventer sous la contrainte qui me plaît tant. Aussi, chaque opérateur a dû apprendre – c’était loin d’être simple – à tenir le point en suivant le taureau, à savoir anticiper ses mouvements, à faire preuve d’intuition. Cet apprentissage progressif a permis quelques plans extraordinaires, qui sont pour moi comme de l’or, ceux où le taureau regarde la caméra. À quelques reprises, nous avons obtenu une frontalité totale. [...] Autre image qu’aucun film n’avait montrée jusque là : Roca Rey face au taureau, rien de visible autour d’eux sinon le sable. Comme s’il s’agissait d’une lutte millénaire, sans aucun témoin pour y assister. C’est là une image totalement artificielle... J’aime beaucoup ce mélange. » - Albert Serra
